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Être créatif aujourd’hui

21 novembre 2025 -Conseils

11 minutes de lecture

La créativité est un art de détourner, d’isoler et de surprendre son propre esprit, souvent confondue avec la productivité, elle n'en est rien.

Pour ma part ce sont deux façons de travailler que je dissocie complètement. Beaucoup pensent qu’il suffit de travailler davantage pour devenir plus inventif. C'est exactement l’inverse : la créativité naît moins de l’effort que de la diversité des stimuli, du jeu, de l’isolement volontaire ou de l’exploration de zones mentales inhabituelles. Être créatif aujourd’hui consiste à perturber ses routines, à réorganiser ses idées et à manipuler son environnement pour laisser surgir ce qui n’est pas encore formulé.1

Traduire pour transformer : déplacer une idée pour la révéler

L’extrait souligne que l’un des leviers les plus puissants de créativité est la traduction d’une idée d’un langage à un autre : écrire un dessin, dessiner une phrase, expliquer une formule. Le simple fait de changer de support provoque des « fuites créatives » : le passage d’un code à un autre oblige l’esprit à reformuler, donc à inventer. L’exemple de Christopher Nolan, qui esquissa la structure d’Inception, montre bien comment la visualisation d’un récit peut ouvrir des chemins que le texte seul ne dévoile pas.2

Explorer les marges : la créativité naît du non-consensuel

Aujourd’hui, l’essentiel du contenu en ligne est guidé par la popularité, l’algorithme et la répétition. Pour stimuler l’originalité, l’extrait propose d’aller chercher volontairement des contenus peu visibles (moins de 5 000 vues). Cette plongée dans le « non encore imité » expose l’esprit à des singularités, à des idées pas encore absorbées par les tendances. Même si la majorité ne sera pas utile, les rares pépites suffisent à nourrir des percées créatives.3

Redécouvrir l’étrangeté : s’inspirer d’un internet d’avant

L’extrait affirme que les contenus créés avant 2016 possèdent une forme de bizarrerie qui s’est atténuée dans l’internet contemporain. Revenir à ces productions plus expérimentales revient à chercher une diversité que l’homogénéisation numérique a largement réduite. Pour renouveler ses sources, il est suggéré de rechercher systématiquement des œuvres antérieures à cette date, afin de ramener un parfum de spontanéité et d’imprévisibilité.

Fabriquer sa propre temporalité pour libérer l’esprit

Selon l’extrait, la créativité prospère lorsque le regard des autres disparaît — souvent quand « tout le monde dort ». À 2 h du matin ou très tôt le matin, l’autocensure s’affaiblit : les idées insolites qui semblaient impensables deviennent soudain réalisables. Créer un décalage volontaire dans son rythme permet donc de ralentir le monde extérieur pour accélérer le monde intérieur.

Les espaces inattendus : la salle de bain comme laboratoire d’idées

Les « thoughts in the shower » ne sont pas un mythe dans l’extrait, mais une ressource à amplifier. Grâce à l’isolement, à l’eau chaude ou au simple fait d’être coupé de tout input numérique, l’esprit vagabonde. En augmentant cette fréquence — ne serait-ce qu’en buvant davantage d’eau — on multiplie les occasions de laisser émerger des idées neuves.

Dialoguer avec son double : un outil mental puissant

Imaginer un « jumeau maléfique » dont le rôle est de nous surpasser permet de contourner la peur du jugement. Cette fiction mentale autorise l’exploration d’idées audacieuses : le jumeau pense, nous observons, et nous pouvons reprendre ce qui nous sert. Cet espace imaginaire déplace la responsabilité et redonne de la liberté intellectuelle.

Questionner pendant la nuit, répondre au matin

L’extrait recommande de collecter de grandes questions et de les laisser reposer dans le subconscient. La nuit devient alors une période d’incubation. Au réveil, avant tout input extérieur, l’esprit est plus vierge, plus apte à produire des réponses inédites.

Pratiquer un isolement périodique : le “sakoku” créatif

Inspiré de l’ancien isolationnisme japonais, le « sakoku » proposé consiste à couper toutes les sources d’information pendant une semaine. L’idée n’est pas de s’éloigner du monde pour fuir, mais pour cesser de réagir. Sans bruit extérieur, les pensées empruntées disparaissent, et la voix intérieure — souvent masquée — réapparaît.

Saisir l’instant créatif : la fugacité des idées nocturnes

L’épisode nocturne de Christopher Nolan courant en sous-vêtements vers son cabanon montre une réalité simple : lorsqu’une idée surgit, elle doit être capturée immédiatement. Les éclairs créatifs sont brefs et fragiles. La rapidité avec laquelle on les note détermine souvent leur survie.

Ouvrir le robinet : accepter les mauvaises idées

La créativité est ici comparée à un tuyau obstrué. Les premières idées, souvent médiocres, doivent être évacuées pour libérer la pression. En se forçant à inventer la pire idée possible, on élimine la peur de mal faire. Puis, progressivement, en améliorant ce « pire », quelque chose de viable — et parfois brillant — finit par apparaître.

Matt Damon expliquait cet aspect du prossessus créatif lors d'une interview que c'était probablement l'une des choses les plus profondes jamais entendu. Dans la collaboration avec Ben Affleck pour l'écriture de Will Hunting, il lui a dit : « Écoute, juge-moi sur la qualité de mes bonnes idées, pas sur la qualité de mes mauvaises. » Et pour moi, c'est le plus important quand on se lance : il faut ouvrir la fenêtre pour balancer toutes les idées, et surtout, ne pas avoir peur d'avoir des idées farfelues. Parce qu'on a tous des idées farfelues, et parfois il faut les exprimer, les développer, et puis ça finit par donner une bonne idée. Mais il faut se sentir libre de les exprimer en toute sécurité...

Protéger son esprit : éviter ceux qui capturent l’attention

L’extrait conclut en rappelant que l’esprit ne peut porter qu’une seule pensée à la fois. Les personnes dramatiques, en provoquant distraction et ruminations, diminuent la capacité créative. Protéger son temps mental est donc une condition essentielle pour pouvoir explorer, réfléchir et inventer.

En bref

Être créatif aujourd’hui ne demande ni génie ni sacrifice ; cela exige surtout de manipuler son environnement, ses habitudes, ses sources et même ses propres illusions pour sortir des chemins prévisibles. La créativité se construit dans l’exploration des marges, dans l’isolement volontaire, dans le jeu avec les idées et dans l’accueil de l’étrangeté. En diversifiant les inputs (stimuli, ), en expérimentant avec les temporalités et en libérant l’esprit du bruit extérieur, chacun peut raviver cette capacité fondamentale : inventer ce qui n’existe pas encore.

*** A METTRE COMME EXEMPLE DANS LE TEXTE ***

HARRY POTTER

Comment J.K. Rowling a conçu Harry Potter avec un tableur dessiné à la main

La construction de l'intrigue est comparable à la gestion de projet d'un livre ; c'est le véritable art de la narration, distinct de la simple capacité à écrire en prose.

Esquisse de Christopher Nolan de la structure du film Inception

INCEPTION

Esquisse de Christopher Nolan de la structure du film Inception

MEMENTO

Au cas où vous auriez besoin d'un petit rappel, Memento est un film policier de Christopher Nolan sorti en 2001, avec Guy Pearce dans le rôle principal. Pearce y incarne un homme qui tente de retrouver l'assassin de sa femme. L'intrigue semble simple, n'est-ce pas ? Si  Memento  était raconté de façon plus traditionnelle, ce le serait peut-être. Mais Nolan a l'ingéniosité de raconter l'histoire à rebours : on commence par la fin et on remonte le fil des événements. Au fur et à mesure, on découvre des aspects surprenants du personnage de Pearce et on comprend qu'il n'est pas le narrateur le plus fiable.

Le film n'est pas si complexe à bien y réfléchir, mais à sa sortie, de nombreux spectateurs ont été subjugués par les méthodes narratives non conventionnelles de Nolan. C'est pourquoi Nolan a enregistré cette interview vidéo dans laquelle il explique sa démarche cinématographique.

Puis, dans un style de professeur un peu geek, Nolan se tourne vers un tableau noir et tente de schématiser l'histoire. « Le mieux est de la représenter comme une épingle à cheveux », dit-il en traçant une boucle qui se replie sur elle-même. À partir de là, il examine la structure et le mélange de scènes en noir et blanc et en couleur. Même si vous avez déjà vu  Memento une douzaine de fois, cette vidéo offre un aperçu fascinant de la méthode de travail de Nolan et de sa façon d'élaborer un récit.

[Vidéo souvenir de Christopher Nolan]https://www.youtube.com/watch?v=tYScJZWhaHA

INTERSTELLAR

Le réalisateur a pris la décision d'impliquer Hans Zimmer au début du processus, et non à la fin : "Pour moi, la musique est un élément fondamental, pas quelque chose qu'on vient saupoudrer à la fin du repas. Je n'aime pas utiliser de musiques temporaires (le fameux "temp track" utilisé à tort et à travers dans les montages de travail des films, NDLR), c'est pourquoi j'ai appelé Hans avant même de travailler sur le film. Je lui ai demandé de me donner une journée de son temps. Je lui ai donné une enveloppe avec une page expliquant la fable au cœur de mon prochain projet, sans aucune information sur le genre ou les détails de l'intrigue. Hans devait ouvrir l'enveloppe, la lire, commencer à écrire et à la fin de la journée me jouer ce qu'il avait accompli. Dans ma tête, ce serait la base de notre score, mais il ne le savait pas encore. Il a joué le jeu. Je pense qu'il partageait ma frustration à essayer de se battre avec un film énorme à la fin d'un processus de création de plusieurs années après lesquelles il est difficile de retrouver le cœur d'une l'histoire. Il a compris que je voulais retourner le processus habituel en libérant son instinct musical et émotionnel, de sorte que la création du score fusionne avec les premières étapes de création de l'histoire" explique le réalisateur. "Puis il m'a rappelé le soir pour me faire entendre ce qu'il avait fait. J'ai souri en écoutant cette mélodie faussement simple au piano qu'il avait écrite. Notre expérience avait mieux fonctionné que je ne l'avais espéré. C'est là que je lui ait révélé que c'était pour un projet de science-fiction massif - le plus gros film que nous allions faire. Hans était ravi de l'apprendre !" raconte Nolan. "Il m'a gravé un CD avec ce morceau intitule Day One, et je suis reparti. J'ai écouté ce morceau un nombre incalculable de fois en travaillant sur le scénario, puis pendant le tournage. C'était comme un point d'ancrage émotionnel pour mon travail, et pour le sien dans les deux années qui ont suivi la création de sa partition complexe et passionnante. Peu d'artistes accepteraient de remettre en cause leurs méthodes de travail à chaque projet. Hans fait partie de ceux-là, le processus de création nourrit ses décisions. Je crois que Interstellar est comme le projet ultime qui lui a permis de se faufiler entre ses habitudes de travail. Cela pourrait bien être l'une de ses oeuvres les plus intimes et personnelles, même si elle nous emmène à travers l'espace et le temps" conclut Nolan.

Hans Zimmer est un artiste immense mais il est humble, même avec toutes les récompenses (2 Oscars pour ses œuvres) et ses collaborations avec de grands réalisateurs. De plus il dit lui même de son travail qu'il n'a toujours pas écrit quelque chose qu'il trouve « assez bon », mais qu'Interstellar s'en approchait le plus alors que personnellement la majorité de ses œuvres qui restent des classiques aujourd'hui.

https://www.cinezik.org/infos/affinfo.php?titre0=20141123203223

Notes

1.Hans Zimmer est un artiste immense mais il est humble, même avec toutes les récompenses (2 Oscars pour ses œuvres) et ses collaborations avec de grands réalisateurs. De plus il dit lui même de son travail qu'il n'a toujours pas écrit quelque chose qu'il trouve « assez bon », mais qu'Interstellar s'en approchait le plus alors que personnellement la majorité de ses œuvres qui restent des classiques aujourd'hui. Vous avez 18 mois
2.Hans Zimmer est un artiste immense mais il est humble, même avec toutes les récompenses (2 Oscars pour ses œuvres) et ses collaborations avec de grands réalisateurs. De plus il dit lui même de son travail qu'il n'a toujours pas écrit quelque chose qu'il trouve « assez bon », mais qu'Interstellar s'en approchait le plus alors que personnellement la majorité de ses œuvres qui restent des classiques aujourd'hui. Vous avez 18 mois
3.Hans Zimmer est un artiste immense mais il est humble, même avec toutes les récompenses (2 Oscars pour ses œuvres) et ses collaborations avec de grands réalisateurs. De plus il dit lui même de son travail qu'il n'a toujours pas écrit quelque chose qu'il trouve « assez bon », mais qu'Interstellar s'en approchait le plus alors que personnellement la majorité de ses œuvres qui restent des classiques aujourd'hui.
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